On peut facilement passer à côté sans les voir, surtout s'ils ont déjà noirci. Mais une fois qu'on en a vu un, on en découvre de plus en plus. On avait remarqué, dans les rues de Berlin, ces petits pavés carrés, sur lesquels sont écrits des noms et des dates. Et comme on voulait en savoir plus à ce sujet, on a fait des recherches et on a beaucoup appris. Tout d'abord, ces petits pavés portent un nom bien spécifique : Stolperstein. On a aussi appris entre-temps que beaucoup d'écoles parrainent des projets de Stolpersteine. On est donc allés interviewer une classe de 3ème du collège Carl-von-Ossietzky à Berlin, qui s'occupe tout spécialement de la mise en place de nouvelles Stolpersteine.


Interview des élèves du collège


Pourquoi appelle-t-on ces pavés des Stolpersteine ?

Parce que, quand on marche, on ne les voit pas toujours, mais on devrait buter dessus en pensée et aussi se demander à quoi ils servent, ce qu´ils représentent.

Qui a eu l'idée de poser des Stolpersteine ?
C'est Gunter Demnig qui a eu cette idée, c'est un artiste.


De quand date ce projet ?

De 1996. Les premiers pavés ont été posés à Berlin sans aucune autorisation. Un jour, des ouvriers qui devaient faire des travaux dans la rue les ont découverts. Mais ils ne voulaient pas les enlever alors ils ont demandé ce qu´ils devaient faire au service des Ponts et Chaussées. On leur a dit de les enlever. Il y a alors eu un débat politique au Parlement et, finalement, le projet des Stolpersteine l'a emporté.

On n'a donc besoin d´aucune autorisation pour placer un Stolperstein ?
A Berlin, on n´est plus obligé de demander une autorisation. La ville est d´accord, mais on demande aux gens qui habitent dans la maison s´ils sont d´accord qu'on mette un pavé devant leur porte.


Pourquoi votre école parraine-t-elle le projet des Stolpersteine ?
Les profs ont pensé que ce serait une bonne idée de faire un projet comme ça avec des enfants et des adolescents.


Qu´est-ce que vous faites exactement ? Vous travaillez en groupe ?

Ça dépend de ce qu'on fait. On va d´abord aux archives et on regarde les dossiers des victimes. Ensuite on choisit une personne et on écrit tout ce qu'il y a dans le dossier et puis on rédige un texte en groupe.

 

          

  

Exemple : on rassemble les informations trouvées dans les archives et on les écrit sur un tableau avant d'en faire un texte.

 

Quel genre de texte écrivez-vous ?
Des textes sur la vie des victimes. A partir des informations qu'on a trouvées, on imagine comment elles ont vécu, ou ce qui a pu leur passer par la tête quand elles ont été déportées. Ensuite, on lit ce texte au moment de la pose du pavé.

Comment les pavés sont-ils posés ?
On place le pavé à l'adresse où la personne a vécu en dernier. Les gens se rassemblent et on creuse un trou dans le sol. Ça dure plus ou moins longtemps suivant la nature du sol.

Combien ça coûte de poser un pavé ? Qui vous donne l´argent ?
Un pavé coûte 120 €. Ce sont souvent les gens de la maison qui font des dons ou alors il y a un seul donateur.


Est-ce que vous devez entretenir les pavés ?

En fait, ils n'ont pas besoin d´être entretenus. A force de marcher dessus, les gens les polissent alors ils restent clairs. Mais en même temps, il y a des initiatives prises par le voisinage, des gens qui se baladent et nettoient les pavés régulièrement avec des produits pour éviter qu'ils noircissent.

Qu'est-ce qui vous a poussés à vouloir participer au projet ?
On a lu différents livres sur les Juifs durant le nazisme et notre prof nous a proposé de participer à ce projet.


Est-ce qu'il y a aussi des adultes qui s'occupent de la pose de pavés ?

Tout le projet a été conçu et est encadré par des adultes. A Berlin, il y a 30 initiatives parallèles. Plus de 3500 pavés ont déjà été posés à Berlin, plus de 17 000 dans toute l'Allemagne.


Comment peut-on savoir où se trouvent ces pavés ?

Il existe un poste de coordination. Il était aussi prévu de faire un plan de Berlin avec les différents endroits où se trouvent des pavés, mais le nombre de pavés a entre-temps si vite augmenté qu'on a laissé tomber le projet d'actualiser la carte.                       

 

Est-ce qu´il y a des gens qui critiquent votre travail ?
Certaines personnes peut-être, qui ne trouvent pas ça bien parce qu'elles pensent qu´en marchant sur les pavés, on marche sur les Juifs. Mais nous, on pense que ce qu'on fait est bien et la plupart des gens aussi. Des passants s'arrêtent et disent : « C'est super » ou parfois « C'est pas bien ». Dans ce cas, on défend notre initiative. On trouve ça bien que les pavés soient posés là où les gens ont vécu. Parfois une famille entière a disparu, y compris les enfants.


Est-ce qu'il n'y a des pavés que pour les Juifs ? 
Non, il y en a aussi pour les persécutés politiques et les victimes de l'euthanasie : les nazis ont fait tuer des handicapés car ils jugeaient qu'ils n'étaient pas dignes de vivre. Mais dans notre école, on ne s´occupe que du sort des Juifs.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Pour un résistant allemand

Texte : Alina, Anastasia, Clara et Emilia

Photos : Alina

Dessin : Emil

Texte et photos © Grand méchant loup | Böser Wolf

On devrait buter dessus en pensée et
se demander à quoi ça sert

Un reportage sur les Stolpersteine